Ça dépend des minutes
Ça dépend des minutes…
C’est ce que m’a répondu un paysan à “comment ça va en ce moment”.
Je me suis mise à m’observer un peu ces derniers jours et penser à comment je vais, et en effet, “ça dépend des minutes”.
Je n’arrive plus à lire mes flux d’information. Entre les feux d’une part et les problématiques sociales de l’autre, en passant par l’inaction politique, la destruction du vivant, l’accélération phénoménale et la répétition des catastrophes, je bouillonne.
Je me sens très en colère. Si je ne fais pas attention, je deviens désagréable avec les personnes que j’aime et qui me supportent à longueur de journée.
Ça fait des semaines que j’arpente mes champs, l’herbe crisse sous mes pieds. Les vagues de canicule sont terribles et il ne pleut pas… plus. Je rentre d’une heure à m’occuper des animaux et je goutte, au sens propre. Il ne fait que 33 degrés dehors. Nous sommes montés à presque 40. La nuit ne rafraîchit même plus. Chanceuse et privilégiée que je suis, il ne fait que 27 degrés dedans.
Je pense à celleux qui souffrent et aussi à celleux qui prennent juste conscience. C’est violent.
Si je regarde mon nombril, j’ai peur de ne pas avoir assez d’eau pour arroser mes plants d’arbres. Je puise le minimum, juste de quoi faire tenir, je ne sais même pas si ça va être suffisant ce que je mets pour les garder dans les prochaines semaines. Il ne pleut plus… Depuis longtemps… Pour la première année, j’ai perdu beaucoup. J’ai trop tardé à arroser ou ça a simplement grillé sur place. Les arbres installés depuis quelques années se mettent en sécurité, la majorité traverse pour l’instant. Il reste plus de 2 mois avant la fin de l’été. Mon autre peur, c’est l’incendie. Je me sens bien ici. C’est le territoire que j’ai choisi pour accompagner mes enfants dans le début de leur vie. Fuir n’est pas une solution, subir non plus.
J’ai échangé avec les paysan.ne.s autour de moi ces derniers jours. Des collègues que je vois peu, qui croulent sous le travail. De belles personnes que j’admire pour leur travail et leurs convictions. Certains sont vraiment à bout, d’autres manquent franchement d’énergie. J’ai envie de les soutenir, avec un peu de temps et d’énergie disponible.
C’est déprimant, rageant, de voir ce qui se passe, au plus près de l’environnement naturel. Je n’ose même plus en parler à mes collègues de travail, tellement c’est grave.
Je pense à 2027 et à quel point notre action peut être décisive dans le soutien du vivant proche de nous…
J’ai vu un réel de quelques secondes où une femme danse sous la pluie… de joie.
J’ai pleuré… de tristesse.
Est-ce que ça va mieux de l’avoir écrit ?
Non.
Et ça ne fait que commencer.